28.04.2008

Du respect de soi au respect des autres

Gentilhomme angevin de vieille souche, né à Liré sur les bords du Loir sept ans après Marignan, protégé par la soeur du roi, Joachim Du Bellay était fasciné par l'Italie. Grâce à la protection de son oncle, le cardinal Du Bellay, il put séjourner trois ans durant à Rome. Hélas! la réalité ne fut pas au diapason des espérances. Sur les bords du Tibre, Joachim découvrit avec nostalgie les charmes du Loir. La distance est souvent nécessaire pour goûter la saveur de la patrie. Le coeur empli de mélancolie, le poète coucha sur le vélin des vers inoubliés:

  Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux                                                                                                                                Que des palais romains le front audacieux.

Plus que le marbre dur, me plaît l'ardoise fine.

Plus mon Loir gaulois que le Tibre latin.

Plus mon petit Liré que le mont Palatin.

Et plus que l'air marin la douceur angevine.

Malgré la proximité des cultures européennes, Du Bellay avait découvert que chaque patrie, petite ou grande, a son mode d'être. Il avait découvert que l'esprit de son pays et de son peuple imprégnait sa sensibilité au point de rendre douloureuse la séparation. Il avait appris que la France angevine possédait une douceur et un art de vivre qui étaient aussi nécessaires à son bonheur que l'eau du Loir au goujon.

Pourtant l'Italie du XVI° siècle ne le cédait en rien à la France, dont elle est soeur au même titre que l'Allemagne. Qu'aurait dit Du Bellay s'il lui avait fallu s'expatrier chez les Barbaresques ou à la cour d'un potentat mongol?

L'attachement aux racines, à une certaine façon d'être et de vivre, ne suppose aucune mépris pour les autres cultures. Plus on est conscient de soi, plus il est aisé de reconnaître une même dignité aux autres, quand bien même telle musique asiatique écorcherait nos oreilles, ou telle mutilation rituelle des Africains scandaliserait nos perceptions, ce qui excède quand même les limites. Dignité ne signifie pas égalité. Egalité, supériorité, infériorité, par rapport à quoi? En cette matière, il n'existe pas d'étalon universel.

Dominique Venner

Commentaires

Etre bien partout, même au milieu des ruines, quelquesoit le lieu et l'époque car le temps est une illusion fugace, tout passe, tout lasse, tout casse. S'immerger dans le moteur immobile, le centre de toutes choses autour duquel tourne le monde et au centre des choses voir la tourmente avec détachement et combattre sans passion pour la restauration de l'âge d'or car tel est l'ordre naturel du monde auquel se plient les fils et filles de Thule.
ANGEVIN ou ange vain ?

Ecrit par : ANGEVIN ou ange vain ? | 03.05.2008

Je trouve cet article trés pertinent. Il met en avant une idée que les gens on tendance à oublier lorsqu'on dit qu'on aime son pays, c'est qu'il faut d'abord s'aimer soi-même pour mieux aimer les autres.

Ecrit par : miou | 13.05.2008

ANGEVIN a raison. Il ne faut pas être dupe de l'illusion du temps et de l'espace même si aimer son pays, sa terre, son peuple c'est un triptique vital.
Voir la terre comme le reflet du ciel et sacraliser l'espace uniquement pour rendre louange aux dieux, tel était l'honneur des anciens et sera nous l'espérons celui des généraitons futures une fois la tempête du monde moderne passé.
Bravo pour ce site.

Ecrit par : EVOILA | 16.05.2008

Ecrire un commentaire